Centre de recherches sur les arts et le langage
EHESS-CNRS
V É R I T É S D E L A F I C T I O N
Journée d'étude
le lundi 19 mai de 9h 30 à 18h30, MSH, 54 Bd Raspail, salle 524
matin (9h30-12h30)
Jean-Marie SCHAEFFER : QUELLES VERITES POUR QUELLES FICTIONS ?
Contrairement aux apparences, la notion de fiction est loin d'être univoque. Du même coup la question des relations entre les fictions et ce qui relève du véridictionnel ne saurait trouver de réponse unique. Il apparaît en particulier qu'en ce qui concerne la fiction conçue comme feintise ludique partagée, c'est-à-dire les jeux fictionnels et les fictions artistiques, l'approche sémantique - et donc la question de la relation entre fiction et vérité - gagnerait à être replacée dans le cadre d'une pragmatique des représentations.
François FLAHAULT : SYMBOLISME, VRAISEMBLANCE, DÉSIR
Après quelques réflexions sur la tradition d'interprétation des fictions par leur symbolisme supposé, on s'attachera à l'impression de vérité induite par la vraisemblance d'une fiction. La vraisemblance résultant de la conformité avec des représentations partagées, on s'interrogera sur le rapport problématique de celles-ci avec la réalité factuelle. Enfin, on examinera la mise en scène des enjeux de désir dans les contes ou d'autres fictions, c'est-à-dire d'un type de vérité qui, tout en s'exprimant à travers des images empruntées à la réalité extérieure, est d'un autre ordre que la vérité factuelle.
Nathalie HEINICH : LES LIMITES DE LA FICTION
Les acteurs mettent spontanément des limites aux possibilités de la fiction : cela, le chercheur ne peut que le décrire et l'analyser, sans intervenir dans les controverses suscitées aujourd'hui par des films ou par des romans. Relève en revanche de sa compétence une limitation des acceptions proliférantes que revêt ce terme dans le monde savant. C'est au prix d'une telle restriction que peut apparaître l'ampleur des fonctions assumées par la fiction - fonctions qui intéressent au premier chef les sciences de l'homme.
après-midi (14h30-18h30)
Sabine CHALVON DEMERSAY : FICTION TELEVISEE ET LIEN SOCIAL
A partir de l'évolution sur cinquante ans de la fiction policière à la télévision, on s'interrogera sur la place de ces fictions dans la dynamique du changement social et culturel. Le paradoxe des fictions télévisées est d'allier une représentation de l'époque souvent stéréotypée avec, dans la mise en oeuvre du récit filmé et de sa mise en intrigue, une exploration des limites, des contradictions et des apories de ces stéréotypes. Par cette double caractéristique, elles se trouvent au coeur des processus de réflexivité caractéristiques de nos sociétés.
Jean JAMIN : LE SYNDROME DE BARTLEBY. DE LA FICTION EN ANTHROPOLOGIE
« I would prefer not to... ».
Jean-Claude SCHMITT : LES FICTIONS DE L'HISTORIEN
On se propose de revenir sur le cas d'Hermann le Juif, publié récemment (Seuil, 2003), pour ouvrir une discussion sur les deux versants de la question de la fiction en histoire par rapport à une hypothétique « vérité » : celle du document historique ou celle de la «vérité » construite par l'historien ?
Yan THOMAS : L'ESPACE, LE TEMPS ET LA FICTION (jurisprudence médiévale : XII°-XIV° siècles)
Les fictions du droit sont un très ancien procédé de l'interprétation, par lequel le juriste (ou le juge, voire le législateur), plutôt que d'opérer sur le texte même auquel il leur faut donner un sens adéquat aux circonstances nouvelles, modifient les faits, changent la réalité elle-même, pour la faire correspondre à une norme laissée inchangée. Ce n'est pas le niveau du normatif qu'on adapte au réel, c'est au contraire le niveau du réel qu'on feint de dénaturer pour le conformer au normatif. Quelles sont les limites dans lesquelles ces travestissements opèrent? A l'intérieur de quels seuils sont-ils tolérés ? Pour répondre à cette question, j'analyserai la jurisprudence médiévale relative notamment à l'espace et au temps.